Le come-back de Lagtaâ

par Mohammed Bakrim

La moitié du ciel a été présenté dans la
section coup de cœur et pour de nombreux
festivaliers ce fut un vrai coup de
cœur. Le meilleur hommage à ce retour
réussi de Abdelkader Lagtaâ, ce sont les
applaudissements nourris qui ont
accompagné le déroulement du récit, y
compris de la part d’une jeune génération
qui n’a pas connu les affres de cette
période douloureuse de l’histoire
contemporaine du pays. Le film adapté
du récit de Jocelyne Laabi, est porté par
un point de vue original, celui de ceux
qui sont restés «dehors» ; ceux qui ont
échappé au vaste filet d’arrestation et
d’enlèvement qui a marqué ce que l’on
appelle les années de plomb. Et comme
le montre si bien le film, ce sont beaucoup
de femmes : des épouses, à l’image
de l’héroïne du film, des mères, des
soeurs…Le film se révèle un hommage
à celles-ci, à leur courage et à leur
espoir qui a fait déchirer le linceul du
silence. Ce point de vue s’est révélé
fécond. Le film en outre évite deux
écueils ; celui de montrer la torture :
filmer la torture c’est la banaliser ; elle
est exprimée autrement. Il ne verse pas
dans la caricature et la démagogie ; la
forte charge émotionnelle qu’il dégage
émane d’une construction dramatique
sobre et efficace portée notamment par
la formidable interprétation de Sonia Okacha.

Mohammed Bakrim