MAROC
Sur les doigts dne main
Par Amine Rahmouni
Même si la qualité a été inégale, le public marocain pourrait voir une demi-douzaine de fimes fabriqués localement chaque année depuis dix ans. Mais, en 2003, seulement trois films sont sortis, dont l’un est passé inaperçu. Cette année, cependant, cinq longs métrages ont été produits avant de faiblir au stade de la distribution : un phénomène récurrent au Maroc qui entrave le développement d’une véritable industrie cinématographique. Un groupe de cinéastes a finalement décidé de créer une entité autonome, 3disfilm, qui ne distribue que des films marocains. L’initiative commence à porter ses fruits. Entre fin 2003 et avril 2004, pas moins de sept films seront sortis, dont Cry no more de Narjiss Nejjar et A thousand Months de Faouzi Bensa), tous deux sélectionnés dans les sections parallèles à Cannes en 2003.
En 2003, un seul film, sorti à l’automne, valait le détour : Face & ace, d’Abdelkader Lagta Présenté avec un certain succès au Festival International du Film de Marrakech, ce drame social se distingue par son scénario intransigeant et ses jeunes acteurs talentueux, même si la direction est inégale. Faute de concurrence, il y a consensus sur Lagta qui était déjà connue pour deux thrillers tournés dans la capitale économique (Un amour asablanca, 1991, et Les Casablancais, 1998) et pour la courageuse fermeture de La Porte, qui traitait du sujet tabou des homosexuels masculins. Face ace, cependant, a reçu des critiques mitigées : Lagta $ oes n’osent pas aller jusqu’au bout avec l’examen de la schématique et de l’administration marocaine corrompue. Et l’échec commercial du film n’est pas surprenant, puisque Lagt ‘est maintenant considéré comme un auteur.
Sans rapport avec les deux premiers films de Lagta Mostafa Derkaouiàsous manipulateur Casablanca by Night s’est bien passé au box-office. Son improbable complot ! bouge une jeune fille qui veut vendre son corps dans le milieu ombragé de la vie nocturne de Casablanca pour payer une opération pour son frère 3et un record d’incohérence. Derkaoui, qui a fait preuve de promesse il y a plusieurs années, est tombé dans des fantasmes sans goût. Mohamed Abderrahmane Tazi a également eu son heure de gloire il y a quinze ans grâce à une comédie devenue un classique, Looking for my WifeàHusband, mais Les Voisines dbou Moussa [Abou Moussaà Neighbors] n’a pas pris le dessus et a quitté l’écran trois semaines après sa sortie au début de l’été 2003.
Mais 2004 réunit le public et les critiques avec Les Bandits. Écrite, mise en scène et mise en scène par la comédienne Sa Naciri, elle a battu tous les records de fréquentation d’un film marocain (1 million de billets vendus, selon son distributeur). Et la lune de miel n’est pas terminée pour Rahma, une chronique sociale caustique d’Omar Chraibi, qui a honorablement fait au box-office depuis sa sortie en janvier, preuve qu’il y a un public pour d’autres types de films en plus des comédies à bas front. Les critiques et le public ont été divisés sur Jawhara par Saad Chra © et Les Anns de lxil par Nabyl Lahlou, qui ont tous deux traité du régime répressif au pouvoir au Maroc de 1973 jusqu’aux environs de 1990. Les films les plus attendus sont La Chambre noire [Camera Obscura] de Hassan Benjelloun et les premières œuvres de cinéastes de la diaspora marocaine : Cry no more (France-Maroc), A Thousand Months (France-Belgique-Maroc) et Threads par Hakim Belbbas (Morocco-USA).
Enfin, les espoirs du Maroc sont rivés sur un nombre croissant de films tournés sur son propre territoire, comme Za ¡, cavali de ltlas [Za ¡, Rider of the Atlas] de Bourlem Guerdjou, avec Roschdy Zem et Gilbert Melki, commencés en mars, et sur d’importants développements futurs de ses infrastructures. Après l’ouverture en novembre 2003 du Centre euro-méditerranéen de formation professionnelle du cinéma et de l’audiovisuel à Ouarzazate, financé par l’Italie à hauteur d’environ 2 millions d’euros (2,5 millions de dollars), de nouveaux studios seront construits à Ouarzazate et au sud de Marrakech. Ce dernier est financé par Jamel Debbouze, Serge Berdugo, ancien ministre du tourisme au Maroc et figure importante de la communauté juive locale, et Alex Berger, producteur franco-américain. Un autre grand projet est la création d’une Cinémathèque dans le Vieux Théâtre du Rif à Tanger, dont le but est d’améliorer la circulation en dehors de la capitale des films du Centre Cinématographique Marocain. L’artiste et cinéaste Yto Barrada sera en charge de sa programmation ambitieuse, qui sera centrée sur l’Europe et le Moyen-Orient et comprendra une collection de documentaires à la disposition des chercheurs [2]. Une nouveauté intéressante : le Rifàprojector peut passer en 180 % d’avidité d’un auditoire de 450 à un autre de 4000 dans le Grand Socco Plaza en plein air.
Amine Rahmouni | Atlas, avril 2004
Traduit en français par Nina Levin Jalladeau

